
Le premier récit des Interstices…
Les Insomniaques est une novella de fantasy écrite par Nicolas Robert qui sortira le 21 Mai 2026.
Il s’agit d’un conte surréaliste et poétique qui plonge dans le désert du sommeil, purgatoire de ses habitants qui y sont arrivés sans s’en expliquer, et dont le seul souvenir de leur vie passé est un échec qui les hante tout au long d’un jour unique qui se répète continuellement.
Inspiré par l’art de Moebius.
Disponible en précommande en cliquant ici :
Premier extrait :
… d’une veine béante au ciel s’écoule le sable du sommeil.
Les grains s’amoncellent sans cesse depuis des siècles, ils recouvrent maintenant l’univers entier.
Les dunes ondulent et fracassent les quelques vestiges de civilisation qui traversent le paysage désolé. Au milieu de cet océan ocre – où les toits qui dépassent sont des îlots – la pointe d’une tour surplombe toutes les ruines. Son horloge, montée sur un clocher visible de tous les coins du Désert du Sommeil, sonne sans repos les heures d’un même jour éternel, pas même troublé par la nuit. Le ciel n’est qu’un entrelacs de veines pâles qui pleurent dans un silence parfait.
Soudain, l’une d’elles se grippe.
Le flot se tarit. La veine se contracte, tousse, convulse. Un spasme douloureux traverse les cieux. L’entrelacs tout entier s’embrase d’une lumière blanche et froide.
Les habitants du désert lèvent les yeux, illuminés par cet éclat nouveau, ils sont pris d’une migraine subite. Dans leurs esprits, se mettent à résonner quelques notes d’un chant ancien.
Dans le même temps, à l’intérieur de la veine étranglée, un caillot se forme. Dans ce caillot, des pupilles s’ouvrent.
La première pensée de cette nouvelle âme est pour un sablier vide. Le fœtus frappe des poings et des pieds contre les parois granuleuses, de plus en plus fort, jusqu’à ce que la veine cède enfin.
Un bloc compact de sable et de chair est expulsé. Il tournoie longuement dans le vide avant de s’écraser sur la pente d’une dune. Le cocon se disloque en roulant, libérant un corps qui dévale jusqu’au creux du vallon.
Le sable autour de lui crépite, noircit, fume comme du bitume brûlant.
Puis le silence retombe. Même l’horloge semble retenir son souffle.
Une touffe de cheveux blancs émerge du sol. Elle tremble. Se soulève.
Un visage d’enfant apparaît.
Il cligne des paupières, chassant les grains collés à ses cils. Ses yeux, immenses, découvrent le désert ocre. Un sourire étire lentement ses lèvres.
Le garçon au corps de jeune homme se redresse d’un bond. Il porte un large pantalon bleu et une chemise blanche trop grande qui claquent au vent chaud. Il observe un instant l’empreinte de son corps moulée dans le sable, puis lève la tête vers le ciel strié de veines.
Le tic-tac incessant de l’horloge lointaine est le seul bruit qui règne. Le jeune homme se tourne vers la dune d’où il pense l’entendre venir.
Il saute d’un coup sur la pente à gravir, progresse en petits bonds sur cette colline qu’il compte bien conquérir. Ses bras et jambes partent dans tous les sens.
Il pousse des rires qui font frissonner les dunes.
Ses traces de pas rongent et assombrissent le sable.
Arrivé au sommet de son ascension, sa joie s’amplifie face au paysage. Au loin, l’horloge le toise avec ses grandes aiguilles. Ces dernières lui rappellent l’heure de sa naissance : onze heures quinze.
Trente-six secondes pour être précis.
S’en souviendra-t-il ?
Non, c’est déjà oublié.
Il penche la tête, puis sourit plus largement, comme si tout cela était une excellente plaisanterie.
« Bon… plus qu’à trouver du sable ! »
Second extrait :
Le jeune homme capture ses mains et plonge son regard dans le sien.
Son visage s’illumine plus encore, et tout en menant les bras de Résilé à se balancer avec les flots, il suggère :
« Dansons. »
Elle n’arrive pas à répondre. Son expression de stupeur accompagne les premiers pas que Verre lui impose. Sur ses chaussures de fortune, la démarche de Résilé est lourde et maladroite, comme si la terre entière retenait ses pas. Pourtant, guidée par Verre, elle se laisse bientôt porter, et leurs deux silhouettes ne forment plus qu’une seule ombre qui valse au bord du néant. Une valse à trois temps, les yeux plongés les uns dans les autres, alors que l’univers se déchire partout où ils pourraient regarder.C’est un moment stupide. Parfaitement absurde. Mais dans le tumulte des battements de son cœur, le tempo lent de cette danse et l’étreinte du jeune homme amènent la dame à laisser sa tête reposer sur l’épaule du danseur.
Le ciel se déchire, les dunes s’agitent, le sable noir pleut des cieux, et les jambes ondulent au rythme du cœur de Résilé qui ralentit…
… ralentit…
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