
Keiichi Okabe qui prend la pose dans le studio de mixage
Écrire un roman, c’est un voyage de plusieurs phases, et la première pour moi est toujours la même : la marche. Durant la marche, le mouvement m’aide à mieux conceptualiser et visualiser, l’environnement influence les images. Mais ce qui insuffle l’âme et l’atmosphère voulu pour le récit, a toujours été la même chose : la musique.
Il m’est arrivé d’écrire un roman « à cause » d’une musique. Et il est rare que je n’associe pas une histoire à une piste, qu’elle ait des paroles ou pas. Certaines m’inspirent plus pour des « moments » que des récits entiers, et c’est le moment d’introduire le maître de cet art :
Keiichi Okabe.
Keiichi Okabe : Le Maître des Émotions Musicales dans le Jeu Vidéo
Né le 26 mai 1969 à Kobe, au Japon, Keiichi Okabe est un compositeur et arrangeur qui a énormément officié dans le jeu vidéo, mais aussi dans l’animation. Okabe a commencé sa carrière en 1994 chez Namco, où il a rapidement fait ses preuves en composant pour des jeux d’arcade comme Tekken et Ace Combat. Ce qui caractérise son travail s’identifie assez facilement : beaucoup d’énergie, et une profonde sensibilité émotionnelle.
Un Parcours Jalonné de Succès
Okabe a quitté Namco en 2001 pour embrasser une carrière de freelance, cherchant une plus grande liberté créative. Cette transition lui a permis de diversifier ses projets, allant des jeux vidéo aux animations, en passant par des collaborations avec des artistes pop. En 2004, il fonde le studio Monaca, une structure dédiée à la production musicale. Monaca est aujourd’hui reconnu pour son approche innovante et sa capacité à mêler orchestration classique et sons électroniques. Ce statut de freelance et la structure qu’il a conçu lui permettront notamment de travailler avec Square Enix et un certain studio Cavia. Ce qui nous conduit à évoquer le premier projet qui va le faire connaître au-delà des cercles de développement.
Nier.
Gravitas et melancholia
C’est au réalisateur Yoko Taro et sa compagnie Cavia que l’on doit le premier Nier. Un projet maudit, qui part d’une curieuse idée, il s’agit de la suite de… la cinquième fin du premier Drakengard, autre jeu de Yoko Taro. Vous trouvez ça fumeux ? C’est du Yoko Taro dans le texte, le bonhomme n’est pas à son coup d’essai dans les idées foireuses. Toujours est-il que le titre proposait une atmosphère particulièrement lourde et mélancolique.
Ce n’était pas spécialement pour ça que l’on connaissait l’ami Okabe. Pourtant, c’est là qu’il va briller de mille feux et marquer les esprits. Nier est un jeu bancal, avec des réussites outrageuses et des échecs cuisants, mais il prend une dimension mythique grâce à ses compositions :
J’en veux pour exemple : Shadowlord.
Pesanteur, mélancolie, le poids de la fin des temps pèsent sur les compositions d’Okabe. Et pourtant poind derrière l’épaisseur des nuages, la même lumière blanche et aveuglante qui illumine les jeux d’un certain Fumito Ueda, réalisateur d’Ico, Shadow of the Colossus et The Last Guardian.
Exemple d’une composition de Shadow of the Colossus : To the Ancient Land.
Je trouve la même charge émotionnelle, le même sens de l’épique. Bien que Shadow of the Colossus soit plus lyrique et mystique et Nier plus brutale et anxiogène, au cours des deux expériences, des émotions similaires vous frappent.
Je pourrais aussi citer des compositions de la suite de Nier ( baptisée Nier Automata) réalisé par Yoko Taro et Platinum Games cette fois. Un morceau comme Weight of the World où l’on sent des accents plus pop et l’expérience de Okabe dans l’animation. Ou encore Amusement Park qui a une texture faussement joyeuse, artificielle et inquiétante. Okabe a également travaillé sur NieR Replicant (Un remaster du premier Nier), Drakengard 3. Plus récemment sur Hyrule Warriors: Age of Calamity, où il a collaboré avec d’autres membres de Monaca.
L’influence de son travail sur mon écriture
Que ce soit dans la conceptualisation, la planification, l’écriture du premier jet et les phases de réécriture, je suis constamment en train d’écouter de la musique. Une façon de m’inspirer, mais aussi « d’infuser » une atmosphère souhaitée dans les scènes. Fréquemment, avant d’écrire un passage singulier du récit, j’écoute une musique précise en boucle jusqu’à pouvoir « l’entendre sans l’écouter ». C’est si elle était entrée dans mon esprit pour ne plus le quitter, jusqu’à ce que j’aie fini la scène. Cela accompagne le processus d’enchaînement mental des scènes dans ma tête. Comme un rythme cinématographique qui m’aide à savoir quoi écrire, comment, à quel moment, et surtout, quelle énergie et valence émotionnelle y mettre.
Il fait partie des artistes qui m’aide à me concentrer sur ce que je fais, et à me donner le « la » pour écrire correctement ce que je veux réaliser. S’il n’a pas la présence obsédante que peuvent avoir les musiques qui m’ont inspiré un livre entier, il a une influence plus diffuse et presque plus générale sur mon travail. Cette volonté d’insuffler de l’épique et de l’émouvant dans mes récits de fantaisie et quelque chose que je lui dois, mais aussi cette tendance à donner du poids et de la solennité à ce que je raconte, un héritage croisé du romantisme et de mes œuvres préférées, que ça soit Star Wars : Knights of the Old Republic II, ou Planescape Torment.
Même s’il n’est pas un conteur avec de l’encre, il a raconté maintes histoires avec les notes. Lorsque viendra le temps, je pourrais même vous parler d’à quel point il a aidé à la réalisation d’une saga entière : Oïtl.
Mais en attendant, vous pouvez déjà retrouver un peu de son influence dans Les Insomniaques. Et si vous êtes curieux du reste de mon travail, n’hésitez pas à explorer Les Interstices.

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